—Je ne sais pas, répondit don Fernand; mais ce que je sais, c’est que nous sommes les deux cavaliers les plus élégants de la cour, et qu’à moins qu’elle n’ait le goût gâté...
—Pas de fausse modestie, dit simplement don Paëz.
—Eh bien! reprit don Fernand, il y a un moyen infaillible de savoir quel est celui de nous deux qu’elle aime.
—Lequel?
—Demain, au départ pour la chasse, un gentilhomme lui tiendra l’étrier: c’est un grand honneur, et celui à qui il est refusé quand il l’a demandé, se regarde comme disgracié. Nous nous présenterons tous les deux en même temps, tous deux nous étendrons la main vers l’étrier, si bien qu’au lieu de le saisir, nous serons obligés de nous mesurer de l’œil d’un air de défi, et puis, d’en appeler, d’un regard, à l’infante, qui décidera.
L’infante éprouvera un violent dépit, elle souffrira d’avoir à offenser un gentilhomme, mais, à coup sûr, elle n’offensera point celui qu’elle aime: celui-là sera le vainqueur.
—Soit, dit don Paëz, j’accepte l’épreuve.
—Êtes-vous mon ennemi? demanda-t-il enfin.
—Je l’étais; je ne puis plus l’être depuis que je vous dois la vie.