—Le roi a été bien impertinent avec moi, hier au soir... et je ne suis pas son sujet, cependant.

Cette phrase était tout un plan de révolte, et maintenant qu’il avait pris son parti, l’infante pouvait lui demander ou lui refuser l’étrier, peu lui importait. Si la fortune se cabrait sous lui, il saurait étreindre et dompter la fortune!

A sept heures, le château s’éveilla, et bientôt les cours intérieures s’emplirent d’une foule bariolée de seigneurs aux manteaux sombres avec un galon d’or, de pages au justaucorps rouge, de varlets et de fauconniers, aux casaques jaunes et vertes, de piqueurs, tenant en laisse et sous le fouet, de grands lévriers orangés, et des chiens couchants au poil fauve, de gardes du roi au panache blanc et de gendarmes à la plume bleue.

Puis, le son du cor se fit entendre...

Et alors, les persiennes s’entr’ouvrirent, les manolas et les infantes montrèrent, au travers, leurs minois éveillés et coquets, leurs petites mains blanches comme l’ivoire, leurs lèvres plus rouges que le carmin;—les duègnes glissèrent un regard curieux et railleur aux beaux pages qui se gaussaient d’elles; les maris regardèrent aussi les pages, et, loin de se moquer froncèrent les sourcils.

Les pages retroussèrent avec fatuité leurs moustaches naissantes, et rirent pour les maris, comme ils avaient fait pour les duègnes.

Puis, peu à peu, les portes s’ouvrirent, les corridors se dégagèrent, les gentilshommes de la chambre et les gardes du roi s’échelonnèrent sur le passage de Sa Majesté.

Le roi s’habillait, le roi se faisait attendre...

C’était son droit.

Mais la jeune infante, plus leste, avait, dès le point du jour, éveillé la camérera-mayor, qui rêvait de sa jeunesse évanouie, et ses jeunes femmes de chambre, qui songeaient aux moustaches en croc d’un beau garde ou d’un fringant gendarme. Elle avait gourmandé tout le monde, et demandé qu’on l’habillât au plus vite.