—C’est moi qui tiendrai l’étrier, moi qui serai vainqueur.
Mais don Paëz avait le froid génie de l’ambition, don Paëz ne se forgeait jamais de chimères, et en ce moment suprême, lui l’audacieux et le brave, il eut peur et trembla.
Du moment où il eut tremblé, le fier jeune homme se posa cette question:
—Qu’adviendra-t-il, si je suis vaincu?
Il vit clairement alors, et dans tous ses détails, la position que lui ferait cette lutte dernière, dans le cas où l’issue lui en serait fatale. D’abord il aurait à choisir:—ou tuer don Fernand en duel, ou quitter la cour en fugitif.—Tuer don Fernand... c’était impossible, puisque don Fernand était devenu son ami.
Fuir! c’est-à-dire laisser à la cour d’Espagne la réputation d’un lâche, et renoncer du même coup à ses projets d’ambition; autre alternative également impossible!
Don Paëz réfléchit longtemps, puis il s’écria:
—Oui, je fuirai la cour; oui, l’on me croira lâche; mais je deviendrai rebelle et fort, le roi d’Espagne sera forcé de compter avec moi, et alors...
Comme il achevait ces mots, le jour parut et pénétra à travers le trèfle des persiennes.
Il sauta hors du lit, rejeta en arrière ses grands cheveux, leva la tête, arma ses lèvres d’un dédaigneux sourire et ajouta: