—Messire don Paëz, reprit Philippe II, êtes-vous Espagnol?

—Non, sire.

—Du moins vous n’en êtes pas très certain?

—Très certain, au contraire, sire.

—Eh bien! en ce cas, je vous trouve bien osé de vous mêler des questions politiques de mon royaume.

Don Paëz devint pâle de colère et voulut balbutier quelques mots; mais le roi ne lui en laissa pas le temps, et se tournant de nouveau vers son partenaire:

—Mon cher duc, dit-il, la partie est perdue pour vous... Tenez... échec et mat!

Don Paëz prit son feutre, se retira à pas lents jusqu’à la porte, salua sur le seuil et sortit, la rage et le dépit au cœur.

Don Paëz dormit mal ou plutôt ne dormit pas du tout. Les heures s’écoulèrent pour lui avec une lenteur désespérante; il les entendit sonner toutes aux horloges d’airain de l’Escurial, depuis le moment où il se mit au lit jusqu’au premier rayon du jour. Son imagination créa et construisit, détruisit et renversa vingt fois le drame muet du départ pour la chasse, drame terrible qui devait presque décider de son avenir. Il se rappela à grand peine, en interrogeant ses souvenirs, tout ce qui s’était passé entre lui et l’infante depuis son retour, chaque heure où il l’avait rencontrée, la moindre circonstance, le plus mince détail; il compta un à un les rares sourires qu’elle avait laissé tomber sur lui, et puis ceux que son rival, maintenant son ami, avait recueillis pour son compte; il analysa les gestes, les demi-mots, les jeux de physionomie de cette enfant, bien éloignée à cette heure, sans doute, de songer que ses actions étaient ainsi passées au creuset.

Certes, si don Paëz eût été un de ces hommes qui, trop faibles pour oser regarder en face l’adversité, préfèrent s’endormir avec de décevantes illusions, il eût trouvé dans ses souvenirs ample matière à se rassurer; il se fût écrié peut-être: