Don Fernand fit un geste d’étonnement.
—Et que venez-vous me demander? fit-il.
—Pour moi, rien; pour mes frères beaucoup.
—Voyons, qu’exigez-vous?
—Je vous ai dit, que je me nommais Aben-Farax, comme vous, avant de prendre le nom de don Fernand et le titre de marquis de Valer, vous vous appeliez Aben-Humeya et vous vous faisiez gloire de descendre de nos derniers rois.
—C’est vrai, et je suis toujours fier de ma race.
—Merci pour cette parole, monseigneur; elle double la confiance que j’ai mise en vous, et je vais remplir ma mission. Les Maures sont malheureux en Espagne; sur cette terre autrefois leur conquête et leur bien, ils sont maintenant esclaves. On leur interdit la carrière des armes et l’épée; ils se sont résignés et sont devenus artisans et laboureurs; puis on leur a défendu l’exercice de leur culte, et ils ont encore courbé le front; mais aujourd’hui, don Fernand, il court d’étranges bruit à la cour d’Espagne...
—Ah! fit don Fernand attentif, et quels sont ces bruits?
—On dit qu’on défendra aux Maures de porter leurs vêtements, qu’on les baptisera tous de force, qu’eux seuls désormais paieront l’impôt, et qu’on leur interdira de résider—dans la ville de Grenade—aux environs de l’Alhambra.
—Après? dit don Fernand.