—Seigneur, reprit Pedro, les Maures sont à bout de patience, ils sont las de souffrir, de pleurer, de fléchir le genou et de subir le joug d’un peuple insolent et ingrat. On nous a défendu de porter des armes, mais nous en avons dans les caves de nos demeures; on a essayé de nous ruiner, mais nous possédons plus d’or, de rubis et d’émeraudes que dix rois d’Espagne réunissant leurs richesses.
—Je le sais. Que comptez-vous faire?
—Prendre les armes, don Fernand.
Le gentilhomme tressaillit:
—Folie! dit-il.
—Et puis continua Aben-Farax, chercher parmi nous un homme qui descende en ligne directe de nos anciens rois, et lui dire: Il nous faut un chef, veux-tu l’être?
—Ah! et ce chef... l’avez-vous trouvé?—Quel est-il?
—L’un de nous deux, dit froidement le fauconnier.
Don Fernand se leva brusquement:
—Moi peut-être... dit-il;—du moins ce serait mon droit... mais toi, quels sont tes titres?