Et sans attendre qu’un seigneur lui offrît la main, elle courut à son cheval, magnifique étalon d’Afrique, qu’un Arabe eût payé un empire, s’il l’eût eu.

Au même instant, simultanément, deux gentilshommes à cheval déjà mirent pied à terre et s’avancèrent, des deux extrémités de la cour, vers la monture de la princesse.

Ils se placèrent l’un devant l’autre, auprès de l’étrier, fiers et hautains tous deux, semblant attendre que le choix de l’infante fît de l’un une victime, de l’autre un triomphateur.

L’infante rougit et pâlit à cette vue; elle comprit ce qui allait se passer, sans doute, et elle eût donné tout au monde pour éviter une situation pareille...

Mais il était trop tard; ni don Paëz ni don Fernand ne bougeaient, et il fallait choisir...

Elle rougit et pâlit encore; elle sembla hésiter et consulter une voix mystérieuse, une fibre secrète qui résonnèrent doucement au fond de son cœur,—et puis, elle dit enfin bien bas et d’une voix qui tremblait:

—Don Paëz... voulez-vous me tenir l’étrier?

La cour d’honneur était remplie d’une foule nombreuse, élégante. La fleur des Espagnes et du royaume de Grenade s’y était pour ainsi dire donné rendez-vous;—et il y eut un frémissement de crainte, d’étonnement, presque de stupéfaction quand on vit les deux rivaux en face l’un de l’autre, se mesurant du regard et attendant leur arrêt avec le calme des grands courages.

Cet arrêt, l’infante venait de le prononcer en disant à don Paëz, les yeux baissés, et troublée comme une simple manola de Tolède ou de Madrid:

—Don, Paëz, voulez-vous me tenir l’étrier?