—Tenez, dit le chancelier Déza en étendant sa cravache dans leur direction, regardez!
—Eh bien? demanda le grand inquisiteur.
—Mais, dit le chancelier avec un méchant sourire, je trouve maître don Paëz, simple gentilhomme et de naissance plus qu’obscure, assez hardi de suivre d’aussi près une infante d’Espagne, qui fait, du reste, assez peu de cas des grands seigneurs de la cour, en priant un aventurier de lui tenir l’étrier.
Le grand inquisiteur fit un mouvement d’inquiétude:
—Savez-vous, dit-il, qu’on joue sa tête à de pareilles accusations?
—Bah! répondit le chancelier, un courtisan n’expose sa tête que lorsqu’il est un imbécile ou un honnête homme... et je ne suis ni l’un ni l’autre.
—Moi, répondit le grand inquisiteur avec un sourire glacé, je ne suis pas courtisan, chancelier, et bien que je haïsse don Paëz autant que vous le haïssez, je ne vous suivrai pas sur un chemin glissant.
—Je ferai la besogne tout seul, soyez tranquille. Et puis du reste qui sait...
Le chancelier s’arrêta, craignant d’exprimer indiscrètement toute sa pensée.
—Achevez! insista le grand inquisiteur, en attachant sur lui un regard profond.