L’infante se retourna vers don Paëz à qui elle n’avait point encore adressé la parole:
—Il y a un défaut, dit-elle, ou nous perdons la chasse.
—L’un et l’autre, madame, répondit don Paëz; tournons à gauche.
Ils quittèrent les bas-fonds de la première gorge et s’enfoncèrent dans une seconde plus étroite, plus sauvage, plus tourmentée encore, dans laquelle, soit réalité, soit simple effet d’un écho lointain, la meute semblait hurler de plus belle. La gorge était étroite, disons-nous, si étroite, même, qu’à un certain moment les deux veneurs galopant toujours côte à côte se trouvèrent si près l’un de l’autre que leurs selles se touchèrent et que le vent chassait parfois sûr le visage de don Paëz les boucles brunes de la chevelure de l’infante.
A ce contact, don Paëz tressaillit profondément, et il vit avec une joie sauvage la vallée tourner brusquement par coudes multipliés, et devenir de plus en plus déserte.
Cependant, la voix des chiens approchait toujours; bientôt elle résonna stridente, bientôt encore les taillis du sommet de la vallée semblèrent frémir et s’agiter sous un souffle inconnu; puis un monstre en sortit la gueule sanglante et les flancs haletants... C’était l’ourse.
Puis, derrière l’ourse et la buvant[1], la meute, ardente et tellement serrée, qu’on l’eût recouverte avec un manteau.
[1] Expression consacrée en terme de vénerie.
L’ourse passa, sans les voir, à vingt pas des chasseurs, traversa le torrent desséché qui servait de chemin, et dans lequel don Paëz et l’infante chevauchaient,—et grimpa le talus opposé, où elle disparut sous les broussailles.
La meute s’y engouffra après elle; mais la meute n’obéissait plus, du reste, qu’à ses propres instincts, car valets, chiens et piqueurs, elle avait tout laissé en arrière.