L’infante avait seize ans: si elle était princesse, elle était femme aussi; de plus, elle aimait don Paëz sans avoir jamais osé se l’avouer peut-être.
Don Paëz venait de courir un grand péril; don Paëz était évanoui, don Paëz était plus beau que jamais avec son front pâle et sa large poitrine tachée d’un sang rose et transparent... Don Paëz, enfin, malgré les soins empressés qu’elle lui prodiguait, tardait à reprendre ses sens...
Et puis l’infante était seule en ce lieu, elle n’avait à ses côtés ni camérera grondeuse, ni courtisans jaloux; elle pouvait donc s’abandonner à sa douleur... et elle pleura.
Elle pleura, la naïve enfant, sans prendre garde que ses larmes, tombant brûlantes sur le visage pâle de don Paëz le ranimeraient bien mieux que l’eau et les essences qu’elle y répandait. Et, en effet, ce fut sans doute à leur contact que don Paëz ouvrit les yeux; il jeta, à la vue de ces larmes qui coulaient sur les joues veloutées de l’infante, un de ces cris où se fondent la joie et l’orgueil, et qui rendent fous les cœurs faibles.
L’infante se redressa comme une biche effarée à laquelle te souffle du vent apporte un lointain jappement; elle se retira rougissante, émue, cachant son visage dans ses mains.
Mais ces larmes, tombées sur lui comme des perles, avaient ranimé don Paëz; il courut vers l’infante, se précipita à ses genoux, lui prit les mains, les couvrit de baisers, murmurant de cette voix enchanteresse à laquelle il savait imprimer toutes les nuances de la passion:
—Oh! pleurez, madame, pleurez encore...
L’infante, confuse, retira ses mains, essuya ses larmes et lui dit avec une émotion presque solennelle:
—Don Paëz, relevez-vous et écoutez-moi.
Il obéit, et la regarda avec enthousiasme.