—Don Paëz, reprit-elle, vous êtes un simple gentilhomme, et je suis, moi, une infante d’Espagne. Il y a un mur d’airain entre nous, un mur que rien ne saurait briser. Mais la fatalité m’a arraché mon secret; vous m’avez vu pleurer, vous savez que je vous aime, don Paëz. Eh bien! don Paëz, il ne nous reste plus, après cet aveu, à vous qu’à mourir, à moi qu’à me séparer du monde à jamais. Vous allez vous tuer, don Paëz, vous tuer, quand j’aurai mis ma main dans votre main, et un baiser sur votre front. Demain, j’annoncerai à mon père que j’entre au couvent des Camaldules pour n’en jamais sortir.
Et comme don Paëz se taisait toujours, elle continua avec exaltation:
—Eh bien! ami, la mort vous épouvanterait-elle?—Et quand je t’ai dit que je t’aimais...
Mais don Paëz l’interrompit d’un geste, et mettant la main sur son cœur:
—Madame, dit-il, je ne suis point un simple gentilhomme méritant la hache et le billot pour avoir osé lever les yeux sur une fille de roi...
Don Paëz s’arrêta, redressa sa taille superbe, porta la tête en arrière avec une noblesse sans égale, et poursuivit:
—Je ne suis point don Paëz le simple et obscur gentilhomme que vous croyez—je me nomme Jean de Penn-Oll, et je suis le descendant d’une race princière, qui a porté couronne ducale au front au temps où les ducs étaient les pairs des rois.
L’infante poussa un cri—cri de joie et d’ivresse s’il en fut!—et puis, à son tour, elle s’affaissa sur le gazon jauni par le soleil des Espagnes et ferma les yeux.
Don Paëz la prit dans ses bras, et il allait l’emporter vers la source où naguère elle avait puisé de l’eau, quand trois hommes, portant le costume de l’époque, mais armés de mousquets et de pistolets, se dressèrent du milieu des bruyères et l’entourèrent.
—Qui êtes-vous? demanda don Paëz tressaillant et interdit.