—C’est bien, mon ami Juan; maintenant, parfume mes cheveux et ma barbe avec ces essences que distillent les Maures, et fais tisser ensuite avec des fils d’or et de soie la blanche crinière d’Achmed.

Or le cavalier qui parlait ainsi et demandait si somptueuse toilette pour son cheval et pour lui, n’était autre que messire don Paëz, colonel général des gardes de Sa Majesté catholique le roi Philippe II.

Le valet auquel il donnait ses ordres était un jeune Maure, au teint de bronze, aux cheveux lustrés, à l’œil bordé de longs cils et d’une expression mélancolique et malicieuse à la fois, aux dents éblouissantes de blancheur.

Juan était un Maure de Grenade, jadis nommé Zagal; l’inquisition l’avait baptisé et placé sous le patronage de saint Jean-Baptiste.

Messire don Paëz se trouvait alors dans une magnifique salle du palais des rois d’Espagne, à Madrid.

Cette salle faisait partie du logis occupé par le colonel des gardes, le roi aimant assez à avoir près de lui et sous sa main les officiers de sa maison.

Le colonel s’était placé dans un grand fauteuil en face d’un miroir d’acier, et tandis que Juan lui parfumait les cheveux et la barbe, il s’abandonnait à une rêverie profonde. Il se laissa habiller pièce à pièce, sans interrompre sa rêverie; puis, sa toilette terminée, il ceignit son épée, suspendit à son flanc droit sa dague à fourreau d’or, emprisonna ses mains blanches et fines de gants parfumés, mit le poing sur la hanche et se mira longuement et avec complaisance.

Après cet examen minutieux et tandis que Juan allait s’occuper du cheval arabe, don Paëz murmura:

—Par saint Jacques de Compostelle, patron des Espagnes, s’il se trouve à la cour du roi Philippe II plus galant gentilhomme que moi, je consens à troquer mon nom de don Paëz contre celui du premier Maure venu!

Et frisant sa moustache d’un noir d’ébène, don Paëz s’approcha d’un balcon donnant sur les jardins, il s’accouda sur la balustrade et continua sa rêverie.