Il était à peu près quatre heures de relevée: les brises du soir commençaient à faire frissonner le feuillage des arbres, la grande chaleur tombait peu à peu, et dans ce ciel éblouissant de l’Espagne, à l’horizon occidental, couraient çà et là quelques bandes de nuages oranges, gazes flottantes et vaporeuses destinées à envelopper le soleil couchant, comme d’un coquet et poétique linceul.
La ville encore silencieuse terminait sa sieste, les jardins déserts ne retentissaient que des cris confus de quelques oiseaux bavards, caquetant à droite et à gauche dans des touffes de grenadiers.
Don Paëz laissa errer son regard sur les massifs des jardins, puis il se tourna vers le sablier placé dans un coin de la salle, et qui coulait sans relâche avec la rapide lenteur de l’éternité.
—Quatre heures! dit-il, l’infante doit être prête.
En ce moment Juan rentra et dit:
—Achmed est harnaché.
—Bien! répondit don Paëz; appelle le capitaine des gardes.
Juan obéit; le capitaine parut.
C’était un vieux soldat, usé dans les camps, blanchi sous le harnais, et ignorant sur toute chose, hormis sur son métier.
—Monsieur, lui dit don Paëz, vous allez faire monter à cheval votre compagnie tout entière.