Don Paëz, le blasé et le sceptique, don Paëz l’ambitieux, qui se servait de l’amour comme d’un marchepied, don Paëz qui jouait avec la candide passion d’une fille de roi, baissa involontairement les yeux sous l’ardent regard de cette femme, et il se sentit saisi d’un trouble inconnu.
La Bohémienne, car c’en était une, à coup sûr, à en juger par sa robe de velours noir, sa résille enfermant à grand’peine une chevelure abondante et d’un noir de jais, son corsage écarlate et ses bas de même couleur—la Bohémienne, disons-nous, s’arrêta une minute sur le seuil, promena son œil perçant sur les dix ou douze hommes groupés autour de la table, l’arrêta une seconde sur la jeune princesse évanouie, puis le reporta sur don Paëz qui, malgré ses liens, conservait sa fière attitude, et l’y arrêta longtemps.
Don Paëz, troublé d’abord, se remit bientôt de son émotion inexpliquée, et soutint le regard de la Bohémienne avec assurance.
Alors, celle-ci baissa les yeux à son tour, rougit imperceptiblement, puis, s’adressant à celui qui s’était emparé de l’infante:
—Hammed, dit-elle, te voilà bien joyeux, n’est-ce pas, d’avoir fait une prise aussi importante?
—Oui, Madame, répondit le gitano avec respect.
—Et tu comptes avoir ta part de la rançon?
—Comme c’est mon droit, répondit Hammed.
—Tu te trompes, Hammed...
Le gitano recula, interrogea la Bohémienne du regard, mais n’osa ouvrir la bouche.