—Tiens, fit un autre, plus hardi, pourquoi donc?

—Parce que nous préférons l’infante à une rançon.

Il y eut un murmure d’étonnement parmi les Bohémiens, et don Paëz lui-même haussa les épaules et grommela:

—Quelle charmante plaisanterie!

La Bohémienne leva de nouveau les yeux sur lui.

—Et savez-vous, reprit-elle, sans cesser de regarder le gentilhomme, mais s’adressant toujours aux gitanos, et savez-vous pourquoi nous garderons l’infante sans demander de rançon?

—La garder, et pourquoi? murmurèrent les bandits.

—Parce que les Maures, hier encore, étaient des esclaves persécutés, à qui il était permis de voler leurs persécuteurs—et qu’ils seront demain un peuple libre, ayant un roi, reprenant les mœurs et les coutumes de ses pères, et déclarant ouvertement la guerre à ses oppresseurs.

Don Paëz tressaillit et regarda la Bohémienne avec attention.

—Or, poursuivit la Bohémienne, la guerre déclarée par les Maures aux Espagnols, l’infante nous devient un ôtage précieux que nous pourrons échanger ou faire valoir convenablement.