—C’est juste, murmura Hammed. Mais j’aurais préféré les doublons du roi Philippe.
La Bohémienne lui jeta un regard de mépris:
—Vous voilà bien tous, dit-elle, Maures dégénérés, qui n’avez conservé de vos ancêtres que le nom. Vos frères ont courbé le front sous le joug, ils sont devenus artisans et cultivateurs; vous, plus fiers, plus indépendants, vous vous êtes réfugiés dans les montagnes; vous avez, sous le nom de Bohémiens, fait à vos oppresseurs une guerre de brigandages et de rapines, et cette guerre vous a plu si fort, elle a si bien flatté vos instincts pervers, que le jour où il faut arborer un drapeau et combattre, non plus comme des bandits, mais comme des chevaliers, vous hochez la tête et regrettez votre profession de voleurs!
Un sourd murmure de désapprobation à l’endroit d’Hammed se fit entendre, et les gitanos s’inclinèrent devant la Bohémienne avec ce respect que les peuplades orientales accordent à ceux qui parlent bien.
—Quant à ce gentilhomme, continua la Bohémienne, désignant du doigt don Paëz, nous allons lui rendre la liberté sans rançon.
—Pourquoi? firent les gitanos surpris.
—Parce que, répondit-elle, il est le seul gentilhomme de la cour d’Espagne qui ait appuyé, hier soir, le marquis de Mondéjar, défendant les Maures au jeu du roi.
—Sangdieu! murmura don Paëz, ce n’est donc pas un vain bruit qui court, et les Bohémiennes sont donc de race mauresque?
—Quelques-unes, messire don Paëz, répondit la gitana, en le regardant fièrement.
Puis, se tournant vers Hammed qui murmurait dans son coin: