—Si un jour, demain ou dans dix ans, un inconnu se présentait à vous en quelque lieu que vous fussiez, et vous dît: Je suis prisonnier, vous allez me rendre la liberté; ne me demandez ni quel est mon désir, mon crime ou mon but. Je me présente chez vous et je vous somme, en vous montrant cette bague, de me faire conduire, moi et les deux personnes qui m’accompagnent, en tel lieu que je vous désignerai?
—Diable! fit don Paëz, ceci pourrait devenir gênant en temps de guerre.
—A ce prix, ajouta la bohémienne, quand tu m’auras engagé ton honneur de gentilhomme, l’infante pourra te suivre et retourner avec toi à l’Escurial.
—Est-ce tout ce que vous me demandez?
—Je te demande en outre le silence le plus absolu sur ce qui vient de se passer ici et, si l’infante n’est point revenue à elle avant qu’elle sorte du souterrain, elle ignorera qu’on l’a conduite en ce lieu avec toi; si elle a repris ses sens, eh bien! tu lui recommanderas la discrétion... elle t’aime...
Et la gitana prononça ce mot avec un accent de douleur.
—Elle t’aime... reprit-elle, elle t’obéira...
—Comme ces mots te coûtent à prononcer! gitana, fit don Paëz avec douceur.
Mais elle lui montra le mur qui se rouvrait:
—Va-t’en, dit-elle, tu es libre; emmène l’infante.