CHAPITRE SEPTIÈME
VII
Don Paëz frissonna involontairement en entendant l’insinuation du chancelier; mais l’infante sauta lestement à terre et saluant d’un geste les courtisans accourus et courbés sur son passage, elle leur montra don Paëz et leur dit avec cette assurance que les femmes les plus timides possèdent aux heures critiques:
—Messieurs, voici mon sauveur!
Et comme on se regardait étonné, elle poursuivit:
—Don Paëz a tué de sa main, l’un d’un coup de pistolet, l’autre d’un coup de poignard, et après une lutte corps à corps au bord d’un précipice, deux ours qui n’auraient pas dédaigné de déchirer à belles dents une infante d’Espagne.
Ce mot fut dit avec un calme apparent qui déguisait mal un reste de frayeur; le ton de l’infante avait un cachet de vérité dont nul ne douta; on cria: Vive dona Juanita! on la porta en triomphe chez le roi, qui venait d’être pris d’un accès de goutte.
En même temps on se pressait autour de don Paëz; on le flattait, on le complimentait, et, plus rassuré, don Paëz saluait le chancelier d’un sourire dédaigneux et moqueur.
Les gardes, qui adoraient leur colonel; les pages, qui l’aimaient pour sa munificence et son luxe élégant, qui contrastait avec l’avarice sordide du chancelier, son rival dans la faveur royale, chantaient bien haut ses louanges et son courage, à travers les salles et les corridors qu’il traversait sur les pas de l’infante.