Le roi avait été averti du retour de la jeune princesse; il en connaissait déjà tous les détails bien en avant qu’elle arrivât jusqu’à lui, suivie et presque portée par la foule.

Quand elle parut sur le seuil de la chambre royale, malgré son état souffrant, le roi se leva, alla vers elle et la pressa tendrement dans ses bras, tandis que le chancelier rejoignait le grand inquisiteur et le duc d’Albe, placés derrière le fauteuil de Philippe II.

L’infante raconta alors à son père les péripéties du drame auquel elle avait assisté et dont le colonel Paëz était le héros; elle le fit même avec une volubilité, un enthousiasme tels, que le chancelier, inquiet déjà, en tressaillit de joie et dit tout bas au duc d’Albe:

—L’infante nous sert à merveille.

Le roi écouta gravement le récit de sa fille, puis se tourna vers don Paëz et lui dit:

—Messire Paëz, venez baiser notre main royale. Nous vous remercions en notre nom et au nom de nos sujets.

La joie et l’orgueil brillèrent sur le front du colonel des gardes; il s’avança la tête haute, jetant un superbe regard au chancelier, mit un genou en terre et baisa la main du roi.

—Messire don Paëz, continua le roi, vous êtes notre favori et nous vous aimons à l’égal de nos plus chers sujets, bien que de votre propre aveu vous soyez étranger à notre royaume d’Espagne; pour vous donner une preuve nouvelle de notre gratitude et de notre confiance, nous vous octroyons un gouvernement.

Don Paëz tressaillit et s’inclina frémissant; le chancelier devint livide et jeta au duc d’Albe un regard effaré.

—Le marquis de Mondéjar, poursuivit le roi est parti ce matin pour Grenade, dont il est vice-roi;—vous l’allez rejoindre, nous vous nommons gouverneur de l’Albaïzin, cette ville turbulente que les eaux du Duero ont peine à séparer des terrasses de l’Alhambra.