Don Paëz pâlit: cette faveur, qui l’avait d’abord fait tressaillir d’orgueil, n’était plus qu’une disgrâce. Gouverneur d’un faubourg de Grenade, sous les ordres immédiats d’un autre officier, lui, le colonel-général des gardes, le favori du roi! C’était une dérision amère, si amère, qu’il crut à une plaisanterie et regarda le roi.
Mais le roi était froid et sérieux comme s’il eût été en conseil de ministres.
Le duc d’Albe et le chancelier échangèrent un sourire; le visage du grand inquisiteur redevint calme et souriant, de pâle et contracté qu’il était.
Il y eut un mouvement de stupéfaction parmi les courtisans; on ne comprenait rien à cette disgrâce.
—Sire, dit alors don Paëz un moment interdit, et retrouvant enfin l’usage de sa langue, l’Albaïzin est donc un gouvernement bien important, que vous l’octroyez au colonel-général de vos gardes, de préférence à un simple capitaine de gendarmes ou de lansquenets?
—Très peu en apparence, beaucoup en réalité, ami Paëz, répondit le roi avec calme.
—Vraiment, sire? fit don Paëz pâle de colère.
—Messire don Paëz, poursuivit le roi, il y aura peut-être un soulèvement d’ici à quelques jours, en notre beau royaume de Grenade, et alors vous aurez pour mission de bombarder, du haut des tours de l’Albaïzin, les colonnes et les jardins de l’Alhambra...
Don Paëz tressaillit et releva la tête:
—En ce cas, dit-il, j’accepte la mission que me confie Votre Majesté.