—Enfin! murmura-t-il.
L’orage allait croissant, et les époux-rois étaient exposés l’un et l’autre à ses âpres caresses, sans y avoir pris nulle garde; la pluie fouettait leur front nu, le vent s’engouffrait dans leurs manteaux, mais ils étaient tout entiers, elle à son amour, lui à son rêve un moment effacé et reconstruit depuis une heure.
Tout à coup un cri d’alarme, jeté par une sentinelle et que toutes répétèrent, retentit à travers les remparts et réveilla en sursaut la garnison qui s’était endormie sur la foi d’un prochain orage et des ténèbres de la nuit.
—Aux armes! criaient les vedettes, aux armes! l’ennemi!
Don Paëz crut voir le roc de Gibraltar s’effondrer sous ses pieds à ce cri terrible: l’ennemi!
L’ennemi! et il n’avait plus de boulets; l’ennemi! et cinq cents hommes à peine étaient autour de lui!...
L’ennemi au nombre de trente mille hommes, l’ennemi lassé du blocus, qui voulait en finir à tout prix et avoir don Paëz mort ou vivant, profitant, pour tenter l’escalade, d’une nuit de tempête.
Et la flotte était loin!
Alors, de même que naguère il l’avait repoussée de ses vœux, don Paëz sembla maintenant l’appeler de toute la force de son désespoir, il interrogea la haute mer avec anxiété, ayant toujours pour flambeau les foudres du ciel qui se croisaient en tous sens;—mais, cette fois, l’horizon était désert, la flotte avait disparu, obéissant au caprice de la tempête...
—Oh! s’écria le roi, poussant un cri de rage, la fatalité me suit.