—Je l’ignore; c’est un barbier qui se nomme Pedillo.
—Est-il Maure ou Espagnol?
—Ni l’un ni l’autre; il est juif.
—Fais-le venir, dit don Paëz agité d’un secret pressentiment.
Juan introduisit un petit vieillard jaune et voûté, aux cheveux blancs et rares, à la barbe grise et mal taillée. Son œil pétillant, son nez crochu, ses lèvres minces disaient assez à quelle race il appartenait.
Il salua avec cette humilité servile et railleuse en même temps des fils d’Abraham, et se tint debout et les yeux baissés devant le gouverneur qui attachait sur lui son œil interrogateur.
—Que me voulez-vous? demanda don Paëz.
—Monseigneur, répondit le juif, je suis le barbier le plus achalandé de l’Albaïzin depuis que la guerre civile déchire notre belle Espagne.
—Ah! et comment cela?
—C’est fort simple. Les Maures de l’Albaïzin jouissent, par un caprice de feu l’empereur Charles-Quint de certaines franchises, de quelques prérogatives que n’ont jamais eues leurs frères de Grenade et des autres villes de l’Espagne. Ils se trouvent heureux ainsi et n’ont aucun intérêt direct au rétablissement d’un prince maure sur le trône de Grenade. Ils n’ont donc aucune haine pour les Espagnols, et font même avec eux un certain commerce de détail assez étendu. Cependant, comme leurs frères ont levé l’étendard de la rébellion, par un sentiment d’orgueil national, par une sorte de pudeur patriotique, ils ont rompu ostensiblement avec les chrétiens et ils paraissent n’avoir plus avec eux aucun rapport; mais chaque fois qu’ils en trouvent l’occasion et qu’ils peuvent en rencontrer sur un terrain neutre, ils continuent leurs relations et leurs échanges commerciaux.