La nuit approchait. Don Paëz quitta le rempart, descendit dans les rues et alla, comme c’était son devoir et son droit, recevoir aux portes qu’on venait d’ouvrir les débris sanglants et dispersés de sa garnison.

Don Fernando avait reçu un coup de lance à travers le corps, et il s’était évanoui; à peine osait-on répondre de sa vie.

Ce qu’il ramenait de la garnison de l’Albaïzin sortie le matin, pouvait être évalué à deux cents hommes la plupart hors de combat et incapables de reprendre vis-à-vis du gouverneur cette attitude d’hostilité et de révolte qui avait entravé jusque-là ses moindres volontés.

Les lansquenets allemands dévoués à don Paëz composaient seuls, désormais, la garnison valide de l’Albaïzin.

Don Paëz donna ses ordres pour la nuit, regagna la citadelle et se retira dans son appartement.

Il avait besoin de solitude et de méditation pour parer les coups que la fortune aveugle s’obstinait à lui porter sans relâche.

Mais il était seul à peine que son Maure Juan entra avec un air de mystère.

—Que me veux-tu? lui demanda don Paëz surpris.

—Monseigneur, répondit Juan, un habitant de l’Albaïzin sollicite de vous un entretien secret.

—Sais-tu ce qu’il désire?