XI
L’homme qui croit à son étoile, l’homme qui ose est fort entre tous.
La fortune semblait défier don Paëz, elle paraissait même le battre depuis quelque temps, mais elle ne l’avait point terrassé.
A chaque coup qu’elle lui portait, il chancelait une seconde pour se redresser plus fier, plus inébranlable, plus audacieux que jamais.
Il contempla froidement la retraite des Maures, qui bientôt disparurent à l’horizon, cachés par un pli du terrain; puis il porta son regard sur les débris mutilés des bataillons espagnols, se traînant vers Grenade, la tête basse et couverts de sang;—et une joie secrète envahit son cœur.
Le sous-gouverneur de l’Alhambra avait été tué; quant à don Fernando y Mirandès, il avait survécu, mais on le rapportait mourant sur une sorte de civière formée avec quatre mousquets mis en croix.
—Voilà, pensa don Paëz, un homme qui ne me nuira pas de sitôt; et, pour le moment du moins, je suis encore le vrai gouverneur de l’Albaïzin.
Un sourire amer passa sur ses lèvres:
—Ah! fit-il avec dédain, ils m’ont confié un gouvernement dérisoire. Ah! messire le roi, vous avez voulu humilier votre favori, et vous lui avez donné une bourgade à commander! Eh bien! je le grandirai mon maître, ce gouvernement, je le grandirai de toute ma valeur personnelle; ces murailles d’un quart de lieue de circonférence, je les ennoblirai d’une auréole de fumée et de sang qui gravera leur nom aux pages de l’histoire et de la renommée; et, s’il le faut, si l’ennemi ne vient point en aide à leur gloire future, si je ne puis l’ensevelir dans le cercueil que je creuse à leur ombre, j’y mettrai le feu moi-même et, nouvelle Erostrate, j’attacherai mon nom au nom de l’Albaïzin incendié, et ces deux noms, enlacés à toujours, diront aux âges à venir ce qu’eût été don Paëz!