—Je croyais, dit-il, du moins c’était votre avis tout à l’heure, que les Maures de l’Albaïzin étaient parfaitement inoffensifs?

—La majeure partie; oui, monseigneur.

—Et l’autre?

—L’autre se souvient qu’elle est de race mauresque, qu’elle a été libre avant de subir le joug de l’Espagne; et elle est prête à sacrifier ses intérêts du moment à la splendeur future de ses frères.

—Comment le savez-vous?

—Dans mon échoppe, poursuivit le juif, il se tient, depuis huit jours, bien des conservations étouffées, bien des propos allégoriques... J’ai l’air de ne rien entendre, je parais ne m’occuper que de mes rasoirs ébréchés et de mon savon parfumé, mais je ne perds ni un mot, ni un geste.

—Et vous avez, dites-vous, découvert un complot ayant pour but l’occupation de l’Albaïzin?

—Votre Excellence l’a dit.

—Connaissez-vous les chefs de ce complot? Pouvez-vous me donner des détails?...

Le juif se gratta l’oreille: