—Le roi de Grenade, commença le juif, à un lieutenant en qui il a toute confiance, et qui se nomme Aben-Farax. Ce lieutenant est un homme de bravoure et de résolution; il est né dans l’Albaïzin, il y a encore une partie de sa famille, et c’est sur elle et les amis de cette famille qu’il a surtout compté pour la réussite de son plan.

Le nombre des Maures de l’Albaïzin, gagnés à la cause d’Aben-Farax, s’élève à environ cent cinquante hommes. Ces cent cinquante hommes doivent entraîner par leur exemple le reste de la population et la contenir au besoin.

L’Albaïzin communique avec l’Alhambra par un passage souterrain qui passe sous le lit du Daro;—un autre souterrain relie l’Albaïzin aux Alpunares.

Ce souterrain est étroit, tortueux, et il faudrait plus d’un jour pour y faire passer toute une armée; mais cent cinquante hommes pourront aisément y pénétrer et ressortir en moins de deux heures au centre même de la ville.

Les caves de la famille d’Aben-Farax lui servent d’issue. Nul, si ce n’est quelques Maures, ne connaît cet important secret;—pas un Espagnol ne soupçonne l’existence de ce passage.

—En vérité, interrompit don Paëz, je conseille au roi Philippe II de vanter encore la police de l’inquisition.

—C’est par là, poursuivit le juif, que cette nuit même...

—Déjà? fit don Paëz, avec joie.

—Par là, reprit le juif, que dans quelques heures Aben-Farax et une petite troupe aguerrie pénètreront dans l’Albaïzin. Cette troupe, jointe aux Maures de la ville qui servent la cause de leurs frères, à l’aide des ténèbres et grâce au déplorable état de la garnison, encore harassée du combat d’aujourd’hui, se rendra aisément maîtresse des portes et des postes principaux, tandis que l’armée mauresque qui a paru se retirer mais qui est campée à deux lieues d’ici, accourra, et, s’emparant de l’Albaïzin dont les portes lui seront ouvertes, escaladera les hauteurs de l’Alhambra, qui lui sera livré par un détachement introduit dans la place à l’aide du souterrain du Daro.

Le juif s’arrêta et regarda don Paëz.