—Le roi!
Don Paëz recula d’un pas.
Il y avait loin de ce gentilhomme que nous avons connu sous le nom de don Fernand, capitaine des gendarmes de Philippe II, au personnage qui entra dans la salle où don Paëz s’était arrêté.
C’était bien le même homme, cependant, mais cet homme était grandi de toute la hauteur de sa mission, et la majesté royale, cette force que Dieu met au cœur de ceux qu’il condamne à porter une couronne—couronne d’épines bien souvent—éclatait sur son front.
Le gentilhomme au front mélancolique, aux lèvres sur lesquelles s’unissaient à la fois la fierté et la rêverie, le jeune homme au franc et loyal sourire avaient fait place à un homme portant haut la tête, au regard froid et digne, à la démarche lente et assurée.
A la vue de don Paëz il s’arrêta comme don Paëz s’était arrêté.
Et puis, comme un roi est un roi, quelles que puissent être sa puissance et l’étendue de son royaume, sur le trône ou dans l’exil, il attendit que don Paëz allât vers lui.
Don Paëz était fier, mais il s’inclinait devant le rang quand ce rang était supérieur au sien. Il oublia que deux jours auparavant don Fernand était son ami, il ne se souvint que d’une chose, c’est que don Fernand était roi. Il se découvrit donc et s’avança avec une noblesse respectueuse, saluant don Fernand et lui disant:
—Bonjour, sire.
Alors devant cette attitude où la fierté de don Paëz s’abaissait, la glace qui recouvrait le visage du roi de Grenade se brisa, et il tendit la main au colonel des gardes: