—Bonjour, mon ami, lui dit-il, soyez le bienvenu sous le toit de ma sœur.
—Il est donc vrai! exclama don Paëz, c’est bien votre sœur!...
—La fille de mon père, mon ami.
—Mon Dieu! murmura don Paëz, moi qui l’ai traitée de Bohémienne...
—Je le sais, répondit don Fernand avec un sourire; mais je vous le pardonne, comme elle vous l’a pardonné sans doute... vous savez qu’elle vous aime, don Paëz; elle me l’a avoué. Voudrez-vous cimenter notre jeune amitié par les liens sacrés de la famille?
Don Paëz tressaillit et se tut.
—Je sais tout, reprit don Fernand; votre rencontre fortuite et le généreux appui que vous lui prêtâtes, il y a douze ans;—elle m’a avoué son amour aujourd’hui même; jamais elle ne m’en avait parlé.—Je sais encore, don Paëz, que l’infante d’Espagne vous aime, et que vous espérez toucher au but; mais ce que je sais encore et ce que vous ignorez sans doute, c’est qu’autour de Philippe II vous avez une nuée de rivaux et d’ennemis qui ont juré votre perte, et qui, même, viennent d’obtenir sur vous un premier avantage. Ce gouvernement de l’Albaïzin qu’on vous donne, don Paëz, c’est une disgrâce.
—Croyez-vous, sire, que j’en doute?
—Ce que vous ne savez pas encore, don Paëz, c’est que le roi Philippe II a un orgueil trop grand pour jamais sacrifier sa fille à un simple gentilhomme...
—Je suis fils de souverain, sire.