A l’horizon oriental des feux venaient de s’allumer au sommet des montagnes, et, à la lueur de ces feux, des armures nombreuses étincelaient, et l’on pouvait voir flotter les étendards espagnols.
—A cheval! s’écria Aben-Humeya, nous sommes trahis et nous allons être enveloppés; le sud est libre encore et la retraite est possible.
—Trop tard! murmura don Paëz; regarde!
A son tour il étendit la main vers le sud, dont les collines venaient de se couronner d’une crinière de feu; puis, vers le nord, où des feux semblables s’allumaient. A cette vue, le roi maure poussa un cri de rage et s’écria:
—Dieu ne serait-il donc point pour nous?
Ces collines, sombres et silencieuses naguère, verte ceinture nouée au flanc d’une fraîche vallée, venaient de revêtir une teinte rougeâtre et lugubre qui semblait annoncer un drame prochain. Ces feux allumés, ces armes étincelantes, ces lointains hurlements du canon et de la mousqueterie disaient assez que les Espagnols connaissaient la retraite du roi maure et que tant de préparatifs n’avaient point été faits dans le but de prendre un simple castel sans autres fortifications que des jardins et sommeillant au bord d’un lac avec la confiance de la coquetterie et de la faiblesse. Ces deux hommes qui suivaient en ce moment d’un œil éperdu les rapides dispositions de ce siége étaient braves entre tous; ils avaient coutume de contempler la mort face à face et le dédain aux lèvres; ils avaient confié leur vie l’un et l’autre, on s’en souvient, aux chances hasardeuses d’une partie de dés. Et cependant ils frémirent tous deux en cet instant, car la mort arrivait cette fois lentement et à peu près inévitable, inutile et presque sans gloire...
Un roi allait être massacré, un favori en disgrâce, un homme de génie allait être obscurément assassiné par deux ou trois régiments qui ne songeraient pas même à saluer avec respect ces deux héros dans leur chute.
Tous deux se regardèrent un instant avec une anxiété terrible.
—Que faire? murmurèrent-ils tous deux.
—Combien avons-nous d’hommes? demanda don Paëz.