Il lui sembla sans doute que ce mot déchirait sa gorge, que cette promesse il ne la faisait qu’à regret, car il détourna la tête et poussa un soupir.
—Frère, dit don Fernand, patience et courage! tu seras roi!... Mais il ne faut point nous attarder ici, il ne faut pas que l’ennemi nous surprenne; j’ai à peine deux cents hommes autour de moi, et le gros de mon armée n’arrivera que demain à la pointe du jour. L’ennemi ignore sans nul doute que j’ai quitté mes troupes, et son attention est concentrée sur elles; mais un espion bien renseigné, la trahison d’un soldat pourraient découvrir ma retraite, et alors il ne nous resterait qu’à vendre chèrement notre vie... A cheval, ami, et rejoignons tes hommes.
—Mon frère les commande, répondit don Paëz, et ils seront ici dans vingt minutes.
Et tout aussitôt don Paëz prit sa trompe et sonna les premières notes de cette fanfare familière à Hector.
La voix était puissante, les notes de la fanfare traversèrent l’espace et durent aller se heurter au nuage de fumée duquel la gitana avait vu, une heure auparavant, sortir don Paëz; mais aucun son n’y répondit d’abord, et ensuite, au lieu de la ballade écossaise que le roi maure et don Paëz attendaient, un bruit de mousqueterie s’éleva au milieu du silence, et tout étonnés, Aben Humeya et don Paëz se regardèrent:
—Encore le régiment espagnol! murmura don Paëz.
Le canon gronda.
—Diable! fit don Paëz, ils n’avaient pas d’artillerie naguère.
—Voyez! voyez! s’écria à son tour le roi, en étendant la main dans une direction opposée.
Don Paëz suivit du regard la main du roi et recula d’un pas.