XIV
Laissons don Paëz tomber dans la plaine avec une petite troupe, et rétrogradons de quelques heures.
Don Fernand, éprouvé mais non abattu par ses pertes récentes devant l’Albaïzin, avait senti qu’il ne pouvait plus tenir la plaine, et reprenant la route des sierras, aux gorges profondes desquelles il voulait confier sa fortune pâlissante, il s’était replié avec son armée sur le petit castel maure où sa sœur l’attendait et où nous l’avons vu naguère voulant se donner la mort.
Quand il ne fut plus qu’à une journée de marche, don Fernand choisit une position fortifiée naturellement par des rochers escarpés, et fit camper son armée lassée sur un étroit plateau d’où il était facile de surveiller les menées de l’ennemi et d’éviter une surprise.
Puis, comme il aimait sa sœur d’une ardente affection, et que plusieurs mois s’étaient écoulés depuis qu’il ne l’avait vue, il confia le commandement de son armée à son second lieutenant, Aben-Saïd, car Aben-Farax avait été tué la veille dans une escarmouche, et il continua son chemin avec une escorte de deux cents hommes.
Nous savons ce qui lui était advenu.
L’armée, après un jour de repos, s’était remise en route à la nuit tombante.
Elle était forte d’environ sept mille hommes, et les chemins qu’elle prit se trouvaient si étroits et si difficiles, qu’il était impossible à une armée supérieure en nombre de lui tenir tête et de l’envelopper aisément.