—Roi des Maures, n’est-ce pas? fit-il avec amertume, roi d’une nation dont, à cette heure, on écrase les derniers débris? Roi de Grenade, leur ville sainte, dont, peut-être, en ce moment, on détruit l’Alhambra.

—Roi de Grenade ou d’ailleurs, des Maures ou d’un autre peuple, qu’importe! moi aussi je lis dans l’avenir, don Paëz, et à moi l’avenir répond que tu seras roi! Non pas un roi errant et vagabond, reprit-elle, mais un roi portant couronne en tête et sceptre en main, ayant sujets et courtisans, manteau brodé d’or agrafé à l’épaule, et sur le passage duquel les fronts se courberont aussi bas que les épis d’un champ de blé s’inclinent sous le vol de feu de la tempête.

Et la princesse, en parlant ainsi, avait le regard ardent, le front inspiré d’une pythonisse antique—et à sa voix entraînante don Paëz redressa la tête et s’écria:

—Puisses-tu dire vrai, et que l’amour soit un talisman, car je t’aime!

Il fit un signe, et l’escadron des lansquenets, s’ébranlant, se précipita au galop, comme un ouragan de fer et d’acier, vers ces plaines lointaines où le canon grondait toujours, franchissant ravins et précipices comme une nuée d’aigles qui fondent sur leur proie.

Don Paëz ayant Hector à sa gauche et la princesse à sa droite, galopait au premier rang et murmurait avec orgueil:

—Si je meurs, j’aurai vu, au moins pendant quelques heures, les hommes à mes pieds, et cela me suffit!

CHAPITRE QUATORZIÈME