Et tirant son épée, dont la lame étincela comme un éclair aux rayons du soleil levant, il poussa son cheval et s’alla placer à la tête de ses lansquenets mutilés, qui frissonnèrent d’enthousiasme à la superbe attitude de leur chef.
Mais, au moment, où la troupe s’ébranlait, un homme parut au sommet d’un petit coteau voisin, dans la direction de la vallée abandonnée par don Paëz durant la nuit. Cet homme agitait son turban blanc, qu’il avait déroulé et qui flottait comme un étendard au souffle du vent matinal.
Don Paëz l’aperçut et s’arrêta.
L’homme s’avança alors. Il marchait lentement, écrasé qu’il était par une sorte de coffre qu’il portait sur ses épaules.
C’était un Maure qui apportait à la princesse son coffre de rubis et de perles, et à don Paëz l’anneau royal de don Fernand. Elle baisa l’anneau avec respect, une larme trembla au bord de ses paupières; et comme l’amour est d’un égoïsme navrant, elle oublia encore ce frère bien-aimé qui venait de mourir, et passant l’anneau au doigt de don Paëz:
—Te voilà vraiment roi, dit-elle.
Il secoua la tête:
—Roi pour une heure encore!
Elle tressaillit; puis attachant sur lui son grand œil noir qui fascinait:
—O mon Paëz, dit-elle avec enthousiasme, tu es fataliste, tu crois ton étoile éclipsée, mais à mon tour j’interroge la voix secrète de l’avenir qui semble vibrer au fond de mon cœur, et cette voix me répond que l’heure du trépas ne sonnera point aujourd’hui pour toi, que de longs jours te sont encore réservés, et que l’instant viendra où tu seras roi puissant.