—Où allons-nous? demandèrent-ils.
—Vaincre ou mourir! répondit-il avec le calme et le stoïcisme de Léonidas.
—Eh bien, mourons! dit à son tour Hector, la mort, parfois, est une délivrance!
La gitana, blanche et froide, les regardait tous deux alternativement:
—Paëz, dit-elle enfin en jetant ses bras au cou de son amant, puisque tu veux mourir, mourons ensemble, je combattrai à ta droite, comme naguère, et je n’aurai pas besoin d’être frappée pour mourir, le coup qui t’atteindra me tuera.
—Eh bien! dit-il, mourons, puisque nous nous aimons; mourons enlacés, la main dans la main; que nos visages pâlissent et se glacent ensemble; que nos cœurs, appuyés l’un sur l’autre, cessent de battre à la même heure; que nos âmes, brisant leur enveloppe de chair et de boue, se fondent en un souffle et montent vers Dieu.
Il la pressa sur son sein une minute—une minute il entendit sourdre les sanglots d’ivresse qui soulevaient le sein de la gitana;—une minute, il parut tout oublier...
Puis il se dégagea, courut au cheval qu’on lui amenait et sauta en selle.
Alors il ferma les yeux pour regarder quelques secondes au fond de son âme et soulever le voile déjà terne du passé; il envisagea d’un coup d’œil son existence aux trois quarts gaspillée et prête à finir, et laissant errer sur ses lèvres un pâle et amer sourire:
—Voilà donc, murmura-t-il, ce que deviennent ces hommes en qui Dieu avait mis assez de force et de génie pour que d’une seule étreinte ils pussent ébranler le monde;—un sourire de femme les tue!