Ainsi commença cette lutte, qui durait encore au point du jour.
D’abord les montagnes et les collines ne supportaient pas une armée plus nombreuse que l’armée maure;—mais, à mesure que les uns tombaient sous la mitraille et que leurs rangs s’éclaircissaient, les vallées dégorgeaient de nouveaux bataillons espagnols qui venaient grossir ceux qui avaient engagé l’affaire, tandis qu’aucun secours n’arrivait aux Maures.
Léonidas et ses trois cents Spartiates ne furent pas plus héroïques aux Thermopyles que ces hommes, écrasés par le nombre, qui défendaient à cette heure suprême et sans espoir de victoire, leurs foyers, leurs mœurs, leur indépendance, leur Dieu.
Ils combattaient à outrance et tombaient frappés en pleine poitrine, serrant leur épée dans leurs doigts crispés pour la conserver même après leur mort, le sourire des martyrs sur les lèvres, l’orgueil des héros sur le front.
Quand le jour vint, les trois quarts mordaient la poussière et les Espagnols étaient encore plus de vingt mille!
Aussi parurent-ils rougir de leur victoire, et comme s’ils eussent été honteux de combattre au grand jour, avec un pareil nombre, des ennemis ainsi décimés, ils battirent en retraite, laissant quelques bataillons encore frais pour achever d’écraser les vaincus.
Parmi les Maures encore debout était leur chef Aben-Saïd; le noble jeune homme avait fait des prodiges; couvert de plaies, ruisselant de sang, il était infatigable, et son épée paraissait convertie en une lame de feu qui foudroyait tout ce qu’elle touchait.
Ce fut alors que don Paëz et ses lansquenets tombèrent comme la foudre, ou plutôt comme une nuée d’archanges vengeurs sur le théâtre du combat pour en changer la face et les destinées.
Ranimés par ce secours inespéré et dont ils ne pouvaient s’expliquer le mobile, ils relevèrent la tête et une force nouvelle, celle de l’espérance et de l’enthousiasme, passa soudain dans leurs veines et raffermit leurs bras alourdis et lassés.
La lutte recommença, plus acharnée et plus terrible que jamais; mais, cette fois l’issue n’en pouvait être douteuse, et bientôt les Espagnols vaincus se débandèrent et prirent la fuite; le canon se tut, la fumée se dispersa et monta en spirale vers le ciel, sur l’aile d’un vent vigoureux. Alors les Maures étonnés aperçurent, au milieu d’eux, à cheval, tout poudreux et tout sanglant encore du combat, son épée rougie à la main, don Paëz grandi de toute la hauteur de la majesté royale et de tout l’enthousiasme du triomphe.