Don Paëz fit un signe avec son épée et réunit avec ce signe les principaux chefs qui survivaient encore.
A ses côtés, pâle et sanglante comme lui, comme lui l’œil étincelant de la fièvre de la victoire, se tenait la princesse, dont le cheval, frappé à mort, s’était naguère abattu sous elle.
—Maures, dit-elle alors, votre roi Aben-Humeya n’est plus; il est mort en roi, comme devait mourir le dernier des Abencerrages.
Un cri de stupeur douloureuse répondit à ces paroles.
—Nous n’avons plus de roi! malheur à nous! murmurèrent tous ces hommes qui n’avaient pas su pâlir en face du trépas.
—Le roi est mort, vive le roi! répondit alors la princesse. Je suis la sœur de don Fernand et les femmes régnaient à Grenade.
—Une reine! firent-ils avec accablement, aura-t-elle le bras assez fort pour brandir l’étendard de notre indépendance?
—Voici mon époux, dit-elle en montrant don Paëz, je le fais roi!
Les Maures tressaillirent...
Ils hésitaient et se regardaient encore, quand Aben-Saïd qui, percé de cent coups différents, avait sur le visage la pâleur du trépas, s’adressa à don Paëz et lui dit: