Mon père était veuf, et j'étais son unique enfant.

Il allait à la pêche, je raccommodais ses filets et nous avions bien de la peine à vivre.

Quelquefois, mon père s'engageait pendant deux ou trois mois sur un grand bateau qui allait à Terre-Neuve à la pêche de la morue.

Alors je restais seule, et chaque matin, en m'éveillant, je regardais au loin sur la mer, pour voir si la barque pontée qui l'avait emmené ne reparaissait pas à l'horizon.

Une nuit d'hiver, une nuit de tempête, j'étais à genoux, priant Dieu pour les marins en détresse, car la mer mugissait avec furie et le vent faisait rage, une nuit, on frappa à la porte de notre cabane.

J'étais seule depuis près de trois mois.

Je crus que c'était mon père qui revenait et je courus ouvrir.

Ce n'était pas mon père.

Un étranger, un inconnu, le front entouré de bandelettes sanglantes, entra vivement en me disant:

—Au nom de Dieu, au nom de l'Irlande notre mère, pour qui mon sang vient de couler, sauvez-moi, cachez-moi...