Je ne le regardai même pas; je ne vis qu'une chose, c'est qu'il était blessé, mourant; je n'entendis qu'une parole, le nom sacré de notre patrie, l'Irlande, et je le fis entrer.
Au lointain, à travers les mugissements de l'orage, on entendait retentir des coups de feu.
Je ne savais rien de ce qui se passait hors de notre petit port; cependant je me souvins que des pêcheurs, la veille, avaient dit devant moi que les opprimés s'étaient levés contre les oppresseurs; que las de souffrir, les pauvres Irlandais se révoltaient contre les Anglais leurs tyrans; que plusieurs villages, dans le Nord, s'étaient insurgés; enfin qu'il était arrivé des troupes royales et des vaisseaux de Sa Majesté la reine pour réduire une fois encore la pauvre Irlande à la soumission et au silence.
Je pris soin du blessé; je le fis coucher dans le lit de mon père, après lui avoir donné à boire, car il mourait de soif.
Pendant toute la nuit, je demeurai à genoux, priant pour l'Irlande et tressaillant d'épouvante au moindre bruit; car il me semblait toujours que les habits rouges allaient venir, qu'ils s'empareraient de cet homme à qui j'avais donné un refuge, et qu'ils le tueraient sous mes yeux.
Le jour vint.
Je sortis furtivement alors de ma cabane et j'allai jusqu'au port.
Là, j'appris les événements de la nuit.
Il y avait eu une grande bataille entre les insurgés et les habits rouges.
Après une lutte acharnée ceux-ci étaient demeurés vainqueurs.