Mon père revint; il accueillit le pauvre proscrit, comme je l'avais accueilli moi-même.
Un jour cet homme voulut nous quitter.
—Je suis pauvre, nous dit-il, et vous avez bien de la peine à vivre. Je ne veux pas vous être à charge plus longtemps.
Quand je vis qu'il allait partir, mon cœur se fendit.
Je me jetai à ses genoux et je lui fis l'aveu de mon amour.
Il me releva et me dit:
—Moi aussi, je t'aime. Je t'aime depuis longtemps et je voudrais être un simple pêcheur à la seule fin de devenir ton époux.
Mais tu ne sais pas qui je suis, mon enfant; tu ne sais pas que l'Angleterre m'a condamné à mort, qu'elle a mis ma tête à prix et que peut-être, le lendemain de notre union, il te faudrait porter des habits de deuil.
—Eh bien! m'écriai-je, qu'importe que vous soyez proscrit! Tel qu'il est, j'accepte votre sort. Si vous mourez, je saurai mourir avec vous.
Il me prit dans ses bras, son cœur battit sur le mien, nos lèvres s'unirent, et ce fut par une froide nuit d'hiver, où les étoiles brillaient au ciel, que le Dieu de l'Irlande nous fiança.