Demain, il peut se faire que je te quitte, que je te dise un adieu éternel.
Je joignis les mains avec effroi.
—Demain, reprit-il, l'Irlande aura peut-être encore besoin de moi. Alors je repartirai et je reprendrai cette épée que j'avais laissé tomber sur le dernier champ de bataille.
Serai-je vainqueur?
Me sera-t-il donné de délivrer enfin notre malheureuse patrie, ou bien cette tâche glorieuse est-elle réservée à notre enfant?
Dieu seul le sait!
Mais retiens bien mes paroles, quoi qu'il advienne, quand l'année 186... sera venue, il faut que ton enfant et toi vous quittiez l'Irlande.
—Où irons-nous donc? demandai-je.
—A Londres, chez tes maîtres et tes oppresseurs. Là, tu te présenteras le 27 octobre, à huit heures du matin, à l'église Saint-Gilles, tu feras approcher ton fils du sanctuaire, et lorsque le prêtre descendra de l'autel, tu lui diras: «Je vous amène celui que vous attendez.»
—Je le ferai ainsi que vous me le commandez, lui répondis-je avec soumission.