La tradition voulait qu'il fût juif, logeât en un taudis sordide, et laissât pousser indéfiniment ses ongles.

M. Thomas Elgin, comme on a pu le voir, n'était rien de tout cela.

D'abord, il était habillé comme tout le monde, habitait une maison à deux étages dans Oxford-street, faisait ses courses en cab, déjeunait et dînait confortablement, et était non-seulement chrétien, mais encore membre du conseil de la paroisse.

Ce qui n'empêchait pas M. Thomas Elgin d'être un usurier de la pire espèce, la terreur de la ville entière, agglomération ou cité,—ce qui justifiait ce singulier salut que s'adressaient souvent deux commerçants:

—Portez-vous bien et Dieu vous garde de Thomas Elgin!

Car il prêtait toujours, le digne homme; et ceux qui n'eussent pas trouvé un shilling partout ailleurs, trouvaient un sac de guinées chez lui.

Il avait même coutume de dire:

—Les gens qui prétendent qu'il y a des débiteurs insolvables sont des imbéciles! Avec moi, tout le monde finit par payer, et je n'ai jamais eu de non-valeurs.

Le petit commerçant, le boutiquier gêné qui avait le malheur de s'adresser à Thomas Elgin, était un homme perdu par avance.

Il avait beau payer, payer encore et toujours, il était à tout jamais l'homme-lige, l'esclave de Thomas Elgin.