Or, ce quelque chose qui, à trente années de distance, creusait parfois une ride sur le front de sir Cooman, c'était le souvenir de sa conversation avec son successeur.
Heureusement, jusqu'alors, il y avait toujours eu deux Français plutôt qu'un, et la prison avait pour eux une maison spéciale.
Car, il faut bien le dire, White-Cross et les autres prisons pour dettes de l'Angleterre ne ressemblent pas plus à feu Chichy que madame Cooman ne ressemblait à sa fille.
L'administration municipale de Londres a loué un immense terrain et elle l'a entouré de hautes murailles, se bornant à bâtir un pavillon pour le gouverneur, un autre pour le guichetier, et un corps de logis reliant les deux, destiné à loger quelques employés subalternes.
Puis elle a appelé à son aide la spéculation privée, l'industrie libre.
Celles-ci se sont présentées sous les auspices d'un architecte et d'un entrepreneur qui se sont mis à l'œuvre et ont bâti sur cet emplacement demeuré vide des maisons à un, deux et trois étages, dans lesquels les détenus se logent à leur gré, c'est-à-dire selon leur bourse ou celle de leur créancier.
Il en est qui n'ont qu'un taudis; d'autres occupent une maison tout entière.
White-Cross est une cité sous les verrous, avec ses ruelles, ses carrefours et un square.
Le détenu pauvre paye sa mansarde un ou deux shillings par semaine; le riche a sa maison complète dans laquelle il amène sa famille et ses domestiques.
A la liberté près de franchir le mur d'enceinte, qui n'a qu'une porte rigoureusement gardée par le guichetier, il est chez lui, vit de sa vie ordinaire et laisse au pauvre monde les larmes et les privations.