Le capitaine, c'était moi.

La mer était mauvaise; mais notre petite embarcation avait fait ses preuves, et mes quatre matelots étaient de rudes marins.

Fatlen s'embarqua.

Malgré le mauvais état de la mer, je fis larguer tout ce que nous avions de toile.

Ce n'était pas la mer qu'il fallait craindre, c'était la petite flotte anglaise qui croisait perpétuellement dans le détroit.

Et c'était pour lui échapper que nous avions choisi une nuit sombre et brumeuse.

Alors, tandis que nous courions vent arrière, Fatlen me dit:

—Frère, tu parais certain du succès, mais moi je suis assailli par les plus funestes pressentiments: par moments, depuis quelques jours, il me semble déjà sentir s'enrouler autour de mon cou cette corde infâme du gibet que l'Angleterre destine à ceux qui aiment l'Irlande.

Frère, l'heure est venue où je dois te dire qui je suis et t'initier à notre grande œuvre qui, tôt ou tard, crois-en un homme sûr de mourir, finira par triompher.

Et je me courbai devant lui, et, se penchant sur moi, il me murmura à l'oreille les mots sacrés qui nous unissent tous, et m'enseigna les deux signes de reconnaissance. Celui des simples frères et celui des chefs.