—Pour les torys qui l'ont jugé, pour l'Angleterre qui l'a pendu, c'était un pauvre diable, un mendiant, un homme du menu peuple, un cabman du nom de Fatlen.
—Fatlen! exclama l'abbé Samuel.
—J'ai partagé mon pain avec lui, nous avons vécu de la même vie, à Dublin, pendant six mois. Il était condamné à mort, et il avait réussi à se dérober aux poursuites de ses bourreaux.
Grâce à moi, il avait pu s'évader de prison. Grâce à moi encore, il allait pouvoir quitter le sol de l'Irlande, gagner le continent et y mettre en sûreté sa tête vouée à l'échafaud.
Mais Dieu permet souvent que les projets les plus sagement mûris, les entreprises les mieux conduites échouent...
—Parce que les nobles causes ont besoin de martyrs, dit le prêtre.
—Une nuit, reprit l'homme gris, une petite barque pontée vint jeter l'ancre sur un point désert de la côte.
C'était en hiver, le brouillard était si épais qu'on ne voyait pas les phares du voisinage.
Une belle nuit pour une évasion!
Les matelots et le capitaine étaient Français.