—J'ai bonne mémoire, allez, dit-il, avec un accent sinistre; si bonne que la nuit quand la faim m'empêche de dormir, il me semble voir danser sur la paille qui me sert de lit toutes les petites créatures dont j'ai été le bourreau.
—C'est très-poétique ce que vous dites là, Wilton, fit mistress Fanoche en haussant les épaules; mais nous n'avons vraiment pas le temps de parler de ces choses. Il y a deux livres à gagner tout de suite, et une livre de pension par semaine pendant un an.
—Milady, répliqua Wilton d'un air farouche, et donnant cette qualification à mistress Fanoche en manière d'ironie, on a tort de représenter le diable avec des cornes. Le diable, c'est une femme, et cette femme, c'est vous.
—Soit, dit-elle. Vous laisserez-vous tenter?
—Il le faut bien, dit Wilton qui se versa un second verre d'hafnaf, c'est-à-dire de boisson mélangée par moitié. De quoi est-il question?
—Il faut d'abord faire remonter vos souvenirs à neuf ans.
—Bon!
—Vous rappelez-vous qu'il y a neuf ans, un soir, un gentleman vint ici, apportant un enfant dans son manteau?
—Il en est tant venu de gentlemen apportant des enfants! dit Wilton.
—Soit, mais celui-là vous ne pouvez l'avoir oublié.