Elle avait une belle robe à ramage, un châle vert et rouge, un chapeau à rubans violets, des souliers cirés à l'œuf, avec des bas tricotés à l'aiguille, un sac de velours au poignet gauche, un parapluie vert à la main droite, et les doigts couverts de bagues ornées de pierres grossières et multicolores.

Cet ensemble de mauvais goût anglais n'était que grotesque et prêtait à rire tant qu'on n'envisageait pas attentivement cette créature.

Les yeux d'un bleu incolore avaient un froid rayonnement.

Les lèvres minces qui recouvraient de longues dents jaunes à moitié déchaussées, avaient une expression de méchanceté doucereuse; le visage empourpré et bouffi quelque chose de bestial qui rappelait la tête de certains animaux carnassiers.

Elle s'approcha de l'Irlandaise, et celle-ci s'écarta sur le banc où elle était assise, moins pour lui faire place que pour se soustraire à son contact.

—Ma chère, lui dit cette femme, se servant d'une appellation commune au peuple de Londres, aussi vrai que je m'appelle mistress Fanoche, que je suis presque de qualité et que j'ai quelque droit au titre de dame; aussi vrai que je tiens une maison d'éducation pour les enfants des deux sexes, dans Dudley-street, auprès d'Oxford, à deux pas de Saint-Gilles; aussi vrai que je suis catholique comme vous, vous avez le plus bel enfant que j'aie jamais vu!

—Vous êtes catholique? s'écria l'Irlandaise.

—Oui, ma chère.

—Irlandaise, peut-être?...

Et la jeune femme, qui d'abord avait éprouvé un sentiment de répulsion, obéit en ce moment à ce besoin impérieux qu'ont les exilés de retrouver sur la terre étrangère quelque chose ou quelqu'un qui leur parle de leur patrie.