—Pourquoi donc?

—Parce que ma femme est morte, dit l'ouvrier en baissant la tête.

En même temps cette larme qui brillait dans son oeil roula brusquement sur sa joue amaigrie.

Au lieu de s'expliquer, l'énigme se compliquait au contraire, et il se fit un silence général autour du maçon.

Mais Jonathan en avait trop dit déjà pour ne pas aller jusqu'au bout.

—Je n'ai plus de femme, dit-il..., mais j'ai une fille..., une fille de seize ans, si grande et si belle déjà qu'on lui en donnerait vingt.

Elle travaille dans un magasin de Piccadilly, et tous les soirs, après ma journée, je vais la chercher... comme tous les matins je la conduis moi-même avant de venir ici. Commencez-vous à comprendre, acheva Jonathan, pourquoi je redoute d'aller là-bas? Huit jours séparé de ma fille! Est-ce qu'on peut savoir ce qui arriverait? Elle est jolie, vous dis-je, et Londres n'est que trop plein de gens qui cherchent à faire le mal.

En France, on se fût peut-être moqué de Jonathan.

En Angleterre on est plus grave, et tous ceux à qui il venait de faire cette confidence, prirent part à son anxiété, et avec eux cet homme qui se tenait à l'écart et qui avait tout entendu.

Celui-là, qui n'était autre que John Colden, entré le matin même au chantier par la haute protection de master Pin, s'avança alors vers Jonathan et lui dit: