—Compagnon, je suis ici de ce matin, et si le sort vous désignait, j'accepterais bien d'aller à votre place travailler dans l'intérieur de la prison. Je n'ai ni femme ni enfant qui m'attendent au logis, et ce ne serait pas pour moi une grande privation.

La proposition de John Colden fut accueillie des autres ouvriers par un murmure sympathique.

—Tu es un brave coeur, dit Jonathan en lui tendant la main.

—Un compagnon qui paye noblement sa bienvenue, dirent plusieurs voix.

Soudain, un silence général s'établit, et tous les regards se portèrent vers la grille du préau qui venait de s'ouvrir pour livrer passage à un gros homme qui marchait d'un pas lourd et majestueux, et portait à la main une sorte de calebasse dans laquelle il agitait des petites boules qui toutes portaient un numéro.

—Voilà le hasard qui vient, murmura Jonathan en jetant à John Colden un regard anxieux et suppliant.

IV

John Colden s'était approché de Jonathan et lui disait:

—Comment cela se fait-il, le tirage au sort?

—Vous voyez ce gros homme? répondit Jonathan en montrant le personnage qui venait d'apparaître dans le chantier.