—Nichols, c'est un mauvais sujet, un homme d'affaires, un organisateur de chantage. Quand on est misérable, il faut vivre, et souvent j'ai accepté de la besogne que me donnait Nichols. D'abord je n'ai pensé qu'à la joie de revoir ma femme et mes enfants; et puis, quand j'ai été dehors, je lui ai dit:
—Tu es donc riche, et tu as donc bien besoin de moi, que tu viens de payer ma liberté au prix de dix guinées?
—On m'a avancé de l'argent pour une affaire, me répondit-il, et il y a un joli denier à toucher pour chacun si la chose réussit. Nous sommes quatre: toi, moi, Macferson et John le rough.
Ce dernier nom fit tressaillir l'abbé Samuel.
—Nichols ne voulut pas s'expliquer plus clairement. Il me quitta au pont de Waterloo en me disant: Va voir ta femme et tes enfants, et trouve-toi ici à minuit.
—Et vous y êtes allé? demanda l'abbé Samuel. De quoi s'agissait-il?
—De nous mettre à la recherche du condamné à mort que les Irlandais ont sauvé.
—Mon ami, dit l'abbé Samuel, je comprends vos scrupules; mais je crois que vous pouvez vous rassurer. Personne ne trouvera John Colden.
—Hélas! monsieur, répondit Paddy, si j'avais cette idée-là, je ne vous aurais parlé de rien, mais il faut bien vous dire que Nichols sait où il est. Et la nuit prochaine, nous devons nous introduire dans l'église Saint-George, garrotter le vieux gardien, monter dans le clocher et nous emparer de John.
L'abbé Samuel était devenu pâle tout à coup.