Et il le caressa.

Le chien eut un grognement amical; puis il pensa que Shoking n'avait plus besoin de lui, et il se remit tranquillement à l'eau pour regagner le magasin d'huile, tandis que Shoking gagnait une des ruelles étroites du Borough.

Hélas! Shoking ne se doutait pas que Sultan, ami si intelligent jusque-là, allait commettre à son préjudice la plus déplorable des bévues.

En effet, comme il était déjà au milieu de la Tamise, le chien heurta son poitrail à quelque chose de mou et de flasque qui flottait sur l'eau.

Il flaira et reconnut un homme.

Cet homme n'était autre que John le rough, évanoui à la suite du coup d'aviron.

Et le chien, obéissant à son instinct de sauveteur, prit les haillons du rough à pleines dents, et se mit à tirer l'homme évanoui après lui, nageant vigoureusement dans la direction du magasin.

Apres s'être montré l'ami de Shoking, Sultan commettait la déplorable action de sauver son ennemi mortel.

Ah! si Shoking l'avait su, comme il eût retiré sur-le-champ son estime et son amitié au terre-neuve.

Mais Shoking, en ce moment, était à la recherche du fripier qui lui pourrait louer des habits secs et lui faire prendre un air de feu devant le poêle.